ORDRES HISTORIQUES

Terre sainte · Lieux saints · Reconquista · Constantinople · Ordres de cour

Cette page rassemble des repères historiques et des définitions claires pour distinguer : l’engagement de croisade, la vie monastique, l’hospitalité médiévale, les ordres religieux-militaires, les ordres ibériques de la Reconquista, les institutions liées aux Lieux saints, et enfin les ordres de cour. L’objectif est pédagogique : décrire des familles, comprendre leurs fonctions, et suivre leurs transformations sans confusion.

Terre sainte : Jérusalem et présence hospitalière

Préambule : de quoi parle-t-on exactement ?

Quand on dit « ordre » au Moyen Âge, on mélange souvent plusieurs réalités. Certaines sont religieuses (règle, vie communautaire, obéissance), d’autres sont pratiques (accueil, soin, logistique), d’autres encore relèvent d’une mission armée (protection de routes, défense de places) ou d’un cadre politique (ordres de cour, prestige dynastique). Un même nom peut changer de sens selon les siècles, les territoires et les autorités qui l’encadrent.

Ici, nous proposons un panorama non exhaustif : il ne s’agit pas d’établir une liste « définitive », mais de donner des catégories solides et des repères chronologiques. Les débats modernes de reconnaissance, d’appellations contemporaines ou de continuités juridiques ne sont pas l’objet de cette page : on décrit d’abord des réalités historiques, leurs fonctions, et leurs héritages.

Principe de lecture : un emblème (croix, couleur, blason) est un repère utile, mais il ne suffit pas à définir la nature d’un ordre. Pour comprendre, il faut toujours croiser : fonction (soin/défense/cour), règle, statut, implantation et évolutions.
Respect des héritages : l’O.S.D.9.T.D.J. exprime un respect absolu envers les ordres historiques cités, et tout particulièrement envers les ordres reconnus (notamment par les autorités religieuses compétentes, dont le Vatican, ainsi que par les cadres nobiliaires et dynastiques en place) : ils sont, à ce titre, les bienvenus chez nous, dans un esprit de considération, de courtoisie et d’honneur.

1) Contexte : Terre sainte et monde méditerranéen

La Terre sainte médiévale est un carrefour : routes terrestres, ports, relais, sanctuaires, marchés, alliances et conflits. Après 1099, la présence latine en Orient s’inscrit dans des équilibres mouvants, au contact de puissances régionales et d’autorités locales. Les enjeux sont concrets : sécuriser les itinéraires, tenir des places fortes, administrer des territoires, maintenir une vie religieuse organisée, tout en assurant la circulation des pèlerins.

Ce contexte explique l’apparition d’institutions durables : certaines naissent d’un besoin d’accueil et de soin, d’autres d’une nécessité de protection, d’autres encore de la volonté de structurer une présence religieuse. Avec le temps, des structures initialement modestes peuvent se doter d’une discipline, de ressources et de réseaux (maisons, commanderies, propriétés) qui les rendent comparables, par leur efficacité, à de véritables administrations.

Enluminure médiévale : chevaliers et contexte d’époque

2) Les croisés : un engagement, pas un ordre

Le mot « croisé » renvoie d’abord à une condition : celle d’un fidèle qui « prend la croix » pour une expédition déterminée, avec un cadre spirituel (vœu, intention, pénitence) et un cadre social (mobilisation, financement, logistique). Cet engagement est temporaire : il commence, il se déroule, puis il s’achève. On peut être croisé sans être moine, sans être membre d’une institution permanente, et sans être « chevalier d’ordre ».

Certaines personnes prolongent ensuite leur engagement en rejoignant des structures stables (par exemple des institutions hospitalières ou des ordres religieux-militaires). Mais ce passage n’est pas automatique : la croisade ne fabrique pas, à elle seule, un ordre. C’est précisément là que naissent beaucoup de confusions modernes : on confond l’expédition (moment) avec l’institution (durée).

À retenir : la croisade est une dynamique et un cadre d’engagement ; un ordre est une organisation structurée (règle, hiérarchie, ressources, implantation, mission).
Croisades : siège et assaut d’une forteresse (peinture)

3) Moines, règles et ordres monastiques

La culture institutionnelle médiévale s’enracine dans la vie religieuse : prière, offices, obéissance, stabilité communautaire, hiérarchie interne et discipline. Les règles (au premier rang desquelles la Règle de saint Benoît) structurent l’Occident latin en proposant un modèle : vivre ensemble, travailler, prier, accueillir, et organiser le temps. Les réformes successives (par exemple celles qui insistent davantage sur l’austérité, la simplicité ou la rigueur) expriment une quête continue de cohérence spirituelle.

Les ordres religieux-militaires ne surgissent pas en rupture totale : ils reprennent la logique de la règle et de la vie communautaire, mais l’articulent à une mission spécifique, liée à la protection des itinéraires, à l’escorte, à la défense de places ou à la sécurité d’un espace. C’est un point capital : la singularité n’est pas dans l’existence d’une « armée », mais dans le mariage institutionnel entre règle, discipline et mission.

Dans le langage courant, on parle souvent de « moines-soldats ». Historiquement, il vaut mieux parler de religieux sous vœux assumant une mission de protection armée, dans un contexte précis. La nuance est importante : elle évite de caricaturer des institutions qui furent aussi des réseaux d’accueil, de logistique, de soins, d’administration, et parfois de diplomatie.

Saint Benoît : remise de la règle (enluminure)

4) L’hospitalité : hôpitaux, routes, pèlerins

L’hospitalité médiévale n’est pas un simple geste privé : c’est une infrastructure. Sur des routes longues, coûteuses et parfois dangereuses, il faut des lieux pour accueillir, nourrir, héberger, soigner, protéger les plus faibles, et organiser les flux. On parle d’hospices, d’hôpitaux, de maisons d’accueil, parfois rattachés à des sanctuaires ou à des réseaux urbains.

Dans certains contextes, ces institutions se structurent : elles recrutent, administrent des biens, coordonnent des maisons, et mettent en place des règles internes. Elles deviennent des acteurs majeurs de la « logistique du pèlerinage ». Quand les routes deviennent trop incertaines, l’hospitalité peut s’accompagner, selon les lieux et les périodes, d’une protection (escortes, gardes, fortifications), sans que la mission de soin et d’accueil disparaisse.

Point-clé : le soin et l’accueil sont une finalité à part entière. L’armement éventuel n’est pas le cœur de l’hospitalité, mais une réponse pragmatique à l’insécurité.
Hospitaliers : secours à un blessé (illustration)

5) Ordres religieux-militaires (Terre sainte)

Les ordres religieux-militaires regroupent des hommes liés par des vœux religieux (pauvreté, chasteté, obéissance), vivant selon une discipline communautaire et soumis à une hiérarchie. Leur mission est de contribuer, par des moyens organisés, à la protection (routes, pèlerins, lieux, places) et, selon les cas, à la défense des États latins d’Orient. Leur efficacité tient à leur capacité à combiner des ressources : maisons, commanderies, réseaux, intendance, et parfois fortifications.

Pour éviter les confusions, il faut distinguer : l’origine (hospitalière, défensive, mixte), le mode d’implantation (Orient/Occident), la fonction dominante (soin/escorte/territoire), et les transformations au fil du temps. Certaines institutions survivent en changeant d’espace, en modifiant leur mission, ou en réorientant leurs œuvres.

Ordre du Temple : chevalier templier (illustration moderne)

Repères majeurs

Ordre du Temple

Croix de l’Ordre du Temple

L’Ordre du Temple apparaît dans la logique de la protection des itinéraires et de la sécurité des implantations. Sa puissance tient à sa discipline, à son réseau de maisons et de commanderies, et à sa capacité de projection. Sa dissolution au début du XIVe siècle constitue une rupture institutionnelle majeure, dont la mémoire a fortement marqué l’imaginaire européen.
Dates clés :
1118 : Neufs chevaliers croisés, dirigés par Hugues de Payns, fondent l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ ; vœu de défendre les pèlerins et de protéger les chemins menant en Terre Sainte. 1119 : L’ordre prend le nom de « Milice du Temple » ; Baudouin II, roi de Jérusalem, lui assigne une demeure sur l’emplacement du Temple de Salomon, à Jérusalem (près d’un couvent de chanoines réguliers). 1312 : L’ordre est liquidé par le pape Clément V, dans un contexte troublé où le roi de France Philippe le Bel joue un rôle majeur.

Ordre de l’Hôpital (Saint-Jean)

Croix de l’Ordre de l’Hôpital (Saint-Jean)

L’Ordre de l’Hôpital se caractérise par une origine centrée sur l’accueil et le soin. Dans un environnement instable, la protection devient un complément de mission, puis une dimension structurante. Son histoire traverse des déplacements et des reconfigurations, avec un héritage durable lié aux œuvres, à l’organisation et à l’identité hospitalière. Devenu l’Ordre de Malte, il explique la présence durable de la croix dite « de Malte » dans les repères modernes.
Dates clés :
1048 : Construction de l’église Sainte-Marie-Latine à Jérusalem, berceau de l’ordre. 1113 : Le pape Pascal II reconnaît l’Ordre de Saint-Jean-Baptiste, fondé par le bienheureux Gérard Tenque ; les Hospitaliers sont alors distincts des religieux. Après la mort de frère Gérard, Raymond du Puy, son successeur, est le premier qualifié de « maître » : il convertit l’institution en ordre religieux de chevalerie (reconnaissance confirmée ensuite par le pape Calixte II). 1140 : Adoption d’une vocation militaire tout en conservant la mission hospitalière. Organisation en 8 « langues » : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragón-Navarre, Castille-León-Portugal, Angleterre et Allemagne (Marseille : haut-lieu de l’ordre).

Ordre Teutonique

Croix de l’Ordre Teutonique

Né dans la dynamique des croisades, l’Ordre Teutonique développe une trajectoire singulière, marquée par l’Europe du Nord-Est. Selon les périodes, sa mission se recompose, et l’institution se réoriente progressivement vers des formes davantage religieuses et caritatives, tout en conservant une forte mémoire historique.
Dates clés :
1198 : Création en Terre Sainte lors des Croisades. L’ordre existe toujours : il n’est plus un ordre de chevalerie mais un ordre religieux (« Frères de l’Ordre Allemand de Sainte-Marie-de-Jérusalem »), dirigé par un abbé mitré relevant du pape ; environ un millier de membres (prêtres, religieuses et laïcs) poursuivent l’œuvre hospitalière et éducative.

Ordre de Saint-Lazare

Croix de l’Ordre de Saint-Lazare

Associé à l’assistance (notamment dans la prise en charge de la lèpre), il illustre la dimension hospitalière et la charité organisée. Au fil des siècles, des recompositions et des fusions modifient ses cadres, ce qui explique la diversité des présentations et des repères visuels dans les sources modernes.
Dates clés :
1200 : Formation à partir des Hospitaliers ; les premiers Lazaristes sont des frères hospitaliers dédiés aux lépreux (premier grand maître : le bienheureux Gérard Tenque). 1244 : Le roi Louis IX contribue au développement de l’Ordre en France. 1980 : La dénomination d’« ordre » est abandonnée ; l’association adopte de nouveaux statuts et prend le titre d’« Hospitaliers de Saint Lazare ».

Les emblèmes (croix, couleurs, boucliers) sont des marqueurs forts. Toutefois, pour comprendre un ordre, il faut regarder la fonction réelle (soin, escorte, défense, administration), la règle, le statut et le cheminement historique.

Tableau : blasons et croix d’ordres médiévaux

6) Ordres secondaires, locaux et spécialisés

À côté des grands ordres, on rencontre une constellation d’initiatives : institutions locales, fondations liées à une ville, structures spécialisées, ou ordres à trajectoire brève. Certaines naissent d’une situation précise (un port, une route, une crise), puis disparaissent, fusionnent, ou sont absorbées par des organisations plus puissantes. Cette « galaxie » explique pourquoi des tableaux modernes présentent parfois des listes longues : l’histoire médiévale est riche en fondations et en recompositions.

Il est utile de distinguer : ce qui relève d’une institution stable et durable, de ce qui est un projet ponctuel, de ce qui est une maison hospitalière, et de ce qui correspond à un ordre structuré. Le langage contemporain a tendance à « aplatir » ces différences ; l’objectif ici est au contraire de les rendre lisibles.

Ordre de Montjoie

1175 : Fondation en Terre Sainte par le comte Rodrigo Alvarez de Sarriá ; siège au château de Montjoie, sur une colline dominant Jérusalem.1221 : L’Ordre est incorporé dans l’Ordre de Calatrava.

Ordre de Saint-Georges d’Alfama

1201 : Fondation par le roi Pedro II d’Aragón pour protéger les côtes catalanes des pirates musulmans.1373 : Reconnaissance pontificale.Participation à la libération de Valence.1400 : Fusion avec l’Ordre de Montesa.

Ordre des Chevaliers Porte-Glaive

1202 : Albert de Buxhövden, évêque de Livonie et fondateur de Riga, fonde l’Ordre des Chevaliers Porte-Glaive (Frères de la Milice du Christ).XVIe siècle : sécularisation de l’Ordre.

Ordre de Dobrin

1216 : Ordre polonais du XIIIe siècle.

Ordre de Sainte-Marie d’Espagne

1272 : Ordre espagnol du XIIIe siècle ayant pour mission d’opérer sur mer.

7) Grands ordres ibériques (Reconquista)

La Reconquista correspond à une guerre longue, territoriale et politique, principalement en péninsule Ibérique. Les ordres ibériques adoptent parfois une forme comparable aux ordres d’Orient (discipline, règle, hiérarchie), mais leur terrain, leurs objectifs et leurs équilibres sont d’abord péninsulaires : frontière mouvante, contrôle de forteresses, administration de terres, soutien aux couronnes, sécurisation de routes et de zones de colonisation.

Leur puissance ne se mesure pas seulement à la dimension militaire : elle se lit aussi dans l’organisation foncière, la gestion de territoires, et la place institutionnelle que les royaumes leur attribuent.

Santiago / Alcántara (repères)

Dans les ordres ibériques, les croix et couleurs servent de repères visuels. La compréhension historique se fait surtout par l’implantation, les fonctions et le lien avec les pouvoirs locaux.
Dates clés :
1170 : Ordre de Saint-Jacques-de-l’épée : naissance en Espagne (province de León). Des chanoines réguliers de Saint Augustin construisent des hôpitaux sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (Galice) afin de secourir les pèlerins attaqués par les Maures. 1493 : La branche espagnole est administrée par un grand maître jusqu’en 1493 ; depuis, les rois d’Espagne conservent les titre et dignité de grand maître et administrateur de l’ordre. 1789 : Au Portugal, la reine Maria sécularise l’Ordre ; il subsiste comme ordre de mérite (sciences, littérature, arts).



Calatrava

Calatrava incarne la logique des places fortes et du contrôle stratégique : forteresses, ressources, administration d’un espace de frontière.
Dates clés :
1158 : Fondation (plus ancien ordre ibérique) par Raimundo Serrat, abbé cistercien de Fitero (Espagne) ; mission de défendre la forteresse de Calatrava, sur la frontière avec la zone musulmane au sud de la Castille. 1164 : Le pape Alexandre III confirme la création. L’Ordre existe toujours (deux couvents : Madrid et Burgos).

Ordre de Saint-Benoît d’Aviz (Avis)

1147 : Le roi Alfonso Henriques Ier de Portugal prend Évora aux Maures ; création d’une troupe de chevaliers (« Confrères de Sainte-Marie d’Évora ») pour la défense de la ville.1187 : Création de l’Ordre (dans la filiation de Calatrava), régi par les règles de Saint Benoît et de Cîteaux.1963 : Devenu honorifique, l’Ordre récompense les services militaires.

Ordre de Montesa

1312 : Après la dissolution de l’Ordre du Temple par le pape Clément V, le roi d’Aragón Jaime II refuse la fusion avec les Hospitaliers dans ses États.1317 : Compromis : fusion en Aragón et Catalogne ; dans le royaume de Valence, création d’un nouvel ordre (« Nuestra Señora de Montesa ») à partir de Templiers reconnus innocents lors du procès.L’Ordre est devenu honorifique.

Ordre du Christ (Portugal)

1319 : Après la dissolution du Temple, le roi Dinis Ier obtient du pape Jean XXII l’autorisation de créer la « Milice du Christ » ; continuité sous un nouveau nom, avec accueil de nombreux Templiers.Aujourd’hui : ordre dédié à récompenser d’éminents services civils et de hautes personnalités étrangères.

Reconquista : cavalerie et croix verte (reconstitution)

8) Lieux saints et institutions liées à Jérusalem

Les Lieux saints structurent une spiritualité, une liturgie, une théologie et une organisation du pèlerinage. Autour des sanctuaires, on trouve des présences religieuses, des œuvres d’accueil, des communautés et des institutions liées à l’encadrement des visiteurs.

La compréhension historique demande de distinguer le lieu, les communautés et les cadres institutionnels successifs.

Repères : ordres et institutions liés aux Lieux saints (dates)

Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem

Croix de l’Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem

1099 : Fondation ; Godefroy de Bouillon fonde un ordre de chanoines réguliers. Mission : veiller sur le Saint-Sépulcre et y célébrer les offices.1112 : Les religieux sont placés sous la règle de Saint Augustin par le patriarche de Jérusalem.1122 : Une bulle du pape Calixte II confirme l’organisation.Ce n’est que plus tard que l’institution devient un ordre de chevalerie.

9) Constantinople / Byzance : un autre modèle

Constantinople (Byzance) ne se comprend pas toujours avec les catégories occidentales. Là où l’Occident latin voit se développer des ordres relativement autonomes, l’Empire byzantin s’appuie sur un appareil impérial sacralisé : dignités, titres, hiérarchies de cour, clergé structuré, cérémonial, et une articulation forte entre pouvoir, symbolique et institutions.

Byzance n’est pas l’absence d’ordre : c’est un autre type d’organisation, où la cour et l’État jouent un rôle différent.

À retenir : la logique byzantine est davantage impériale et cérémonielle ; la logique occidentale des ordres est davantage corporative et institutionnelle.

Repères : fondations et continuités (dates)

Ordre Constantinien de Saint-Georges

Croix de l’Ordre Constantinien de Saint-Georges

28 octobre 312 : Référence fondatrice : après la victoire de Constantin sur Maxence, création d’une légion chargée d’accompagner le « labarum » orné de la croix.1190 : La milice devient un ordre de chevalerie sous l’autorité de l’empereur de Constantinople, Ange Comnène.L’Ordre existe toujours : sous l’autorité de la Maison royale des Deux-Siciles ; glorifie la Croix, aide à la propagation de la Foi, à la défense de l’Église, à l’assistance hospitalière et à la bienfaisance.

10) Ordres aristocratiques et dynastiques

À la fin du Moyen Âge et à l’époque moderne, se développent des ordres de cour fondés par des princes, rois ou maisons souveraines. Leur fonction est d’abord politique, symbolique et sociale : prestige, fidélité au souverain, cérémonial, et structuration d’une élite.

Ces ordres ne reposent généralement ni sur l’hospitalité, ni sur des vœux monastiques. Leur logique est celle de la souveraineté : créer une communauté d’honneur autour du prince.

Repères : principaux ordres de cour (dates)

Ordre Très Noble de la Jarretière

1348 : Créé par le roi Édouard III ; principal ordre de chevalerie britannique, parmi les plus prestigieux au monde.Grand maître : le roi ou la reine ; composition : chevaliers royaux, dames, 24 chevaliers, et « extra knights » (dont plusieurs souverains européens).

Ordre des Chevaliers de la Noble Maison de Saint-Ouen (Chevaliers de l’Étoile)

1351 : Créé par le roi de France Jean II, le Bon ; ordre de courte durée, probablement inspiré par l’Ordre de la Jarretière.

Très Honorable Ordre du Bain

1399 : Origine liée au couronnement d’Henri IV d’Angleterre (rite du « bain » avant l’adoubement).Ordre toujours actif ; récompense de nombreux services.

Ordre du Dragon

1408–1437 : Ordre de courte durée dans le Saint-Empire romain germanique.

Noble Ordre de la Toison d’Or

1430 : Créé à Bruges lors du mariage de Philippe III le Bon (duc de Bourgogne) avec l’infante Isabelle de Portugal ; but : gloire de Dieu et défense de la religion chrétienne.Aujourd’hui : deux branches de la Toison d’Or se disputent la légitimité ; la France reconnaît la branche espagnole (grand maître : le roi d’Espagne).

Ordre de l’Eléphant

1462 : Ordre danois, mixte, toujours existant ; symbole traditionnel associé à la chasteté et à la pureté.

Ordre de Saint-Michel

1469 : Créé par Louis XI (France) en réponse à la Toison d’Or ; premier siège : abbaye du Mont Saint-Michel.L’Ordre n’est pas totalement inactif : certains prétendants « légitimistes » de la Maison de Bourbon-Anjou s’en réclament.

Ordre de San Stefano

1561 : Créé par Cosimo de Médicis (duc de Toscane) ; rapidement approuvé par le pape.Mission initiale : lutte contre les pirates d’Afrique du Nord (territoires maritimes toscans et mer Tyrrhénienne).Ordre toujours actif ; assistance auprès de la marine italienne.

Ordre du Saint-Esprit

1578 : Créé par Henri III (France) pour s’attacher les principaux chefs du « parti catholique » durant les guerres de religion.

Ordre Très Ancien et Très Noble du Chardon

1687 : Ordre écossais (modèle : Jarretière, Toison d’Or, Saint-Michel) ; devise : « Nemo Me Impune Lacessit ».

Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis

1693 : Créé par Louis XIV ; récompense les meilleurs serviteurs de la Monarchie.

11) Saint-Maurice & Saint-Lazare : recompositions

Certains héritages s’expliquent par des fusions et des reconfigurations : une tradition hospitalière ou médiévale peut être reprise, réorganisée et intégrée dans un cadre dynastique. Ces recompositions sont fréquentes : les institutions s’adaptent aux pouvoirs, aux territoires et aux besoins d’une époque.

Repères : Savoie et recompositions (dates)

Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare (Savoie)

1434 : Amédée VIII, duc de Savoie, crée une Milice de Saint-Maurice.1572 : Le duc Emmanuel Philibert de Savoie crée l’Ordre Militaire et Religieux de Saint-Maurice.Aujourd’hui : apanage de la Maison de Savoie.

12) Transformations, diffusion et mémoire

Après la période des croisades, les institutions suivent des trajectoires diverses : certaines disparaissent juridiquement, d’autres se déplacent, d’autres changent de mission, et certaines se recomposent sous de nouveaux cadres.

La plupart des héritages se lisent dans des transitions : réorientation vers l’assistance, intégration politique, ou transformation en traditions honorifiques et patrimoniales.

Repères : dérivations et continuités (dates)

Bailliage d’Utrecht de l’Ordre Teutonique

1580 : « L’Ordre Teutonique des Pays-Bas » dérive de l’Ordre Teutonique traditionnel.1975 : Le Bailliage d’Utrecht et le « Johanniter Orde in Nederland » se réunissent pour coordonner leurs activités hospitalières.

Tableau comparatif des ordres historiques

13) Repères visuels : transcriptions modernes

Les planches et transcriptions modernes (croix, blasons, appellations) aident à comparer des symboles, mais elles simplifient parfois des réalités complexes : variantes d’emblèmes, appellations tardives, classifications différentes.

14) Glossaire rapide

  • Ordre religieux : communauté sous règle, tournée vers la prière, la vie spirituelle et l’organisation communautaire.
  • Ordre religieux-militaire : institution sous vœux, avec une mission de protection armée dans un contexte historique précis.
  • Institution hospitalière : structure d’accueil et de soin, parfois dotée de moyens de protection selon les lieux et périodes.
  • Ordre de cour : ordre dynastique/aristocratique, lié au souverain, à l’honneur, au prestige et au cérémonial.
  • Commanderie : établissement local pivot des réseaux d’ordres ou d’institutions.